Nous avions décidé de partager cette journée en famille. Mon beau-frère, ma belle-sœur, mon neveu, ma nièce, ma filleule, les enfants, ma femme et moi prenons le départ depuis le télésiège de la Casse du Bœuf, à Serre Chevalier. La montée en télésiège sont remplis de rires, de discussions et de cette excitation propre aux journées que l'on sait déjà particulières.
La montagne nous accueille avec ses immenses alpages, ses forêts de mélèzes et ses panoramas grandioses. Ici, le temps semble suspendu. On oublie les contraintes du quotidien pour ne garder que l'essentiel : avancer ensemble.
Notre première halte se fait au Bivouac, restaurant d'altitude mode refuge chaleureux où l'on prend le plaisir à s'arrêter. L'accueil est remarquable, une équipe souriante, passionnée et attentive nous reçoit comme si nous étions des habitués des lieux. Autour d'un excellent repas, chacun profite de cet instant hors du temps. Les assiettes sont généreuses, les produits de qualité, et l'ambiance donne envie de prolonger cette parenthèse encore un peu.
À la sortie du restaurant, ma femme et ma belle-sœur prennent la sage décision de redescendre en télésiège. La randonnée qui nous attend est longue, et elles préfèrent écouter leur corps plutôt que de vouloir absolument terminer le parcours. En montagne, savoir renoncer est parfois la meilleure des décisions.
Pour nous, l'aventure continue.
Très vite, je comprends que cette randonnée sera plus difficile que prévu. Les kilomètres parcourus la veille ont laissé des traces. Mes jambes sont lourdes, mes muscles sont douloureux et mes articulations me rappellent à chaque pas que la récupération n'est pas encore terminée.
Puis arrive ce moment que tout randonneur redoute. ... Une chute. Sur le coup, l'adrénaline masque une partie de la douleur, mais je sais immédiatement que ce faux pas laissera quelques séquelles. Rien qui puisse arrêter cette journée, mais suffisamment pour rendre chaque foulée un peu plus exigeante.
Devant, mon neveu ouvre la marche avec les filles, insouciants et pleins d'énergie. Derrière, mon beau-frère choisit naturellement de rester à mes côtés. Pas un mot de trop, juste une présence rassurante. Dans ces moments-là, on mesure toute la valeur de la solidarité familiale. On avance moins vite, mais on avance ensemble.
Au fil des kilomètres, je ressens chaque montée, chaque descente, chaque pierre sous mes chaussures. Mon corps devient lourd. Les muscles brûlent. Les articulations protestent. Mais une chose ne faiblit jamais... La tête.
C'est souvent elle qui fait la différence. Quand les jambes veulent s'arrêter, c'est le mental qui prend le relais. Pas après pas. Respiration après respiration. On continue.
Cette randonnée m'a rappelé pourquoi j'aime autant la montagne. Elle ne triche jamais. Elle nous oblige à rester humbles, à écouter notre corps, à accepter nos limites tout en découvrant des ressources que l'on ne soupçonnait pas. Au retour, la fatigue est immense. Les douleurs sont bien présentes. Pourtant, ce ne sont pas elles que je retiendrai.
Je garderai en mémoire les rires des enfants, le repas partagé au Bivouac, le soutien silencieux de mon beau-frère, la prudence de ma femme et de ma belle-sœur, et cette certitude que les plus belles aventures ne sont pas celles où tout se passe parfaitement, mais celles que l'on vit entouré des personnes que l'on aime.
La montagne nous éprouve parfois… Mais elle nous rapproche toujours.


Carnet d'aventure : Du col du Granon au lac de l'Oule






